La portée
des normes
La communauté des plongeurs
semble découvrir
l’échéance prochaine de la période
transitoire au-delà de laquelle les normes NF EN 144-3
(1) et NF EN 13949 (2) vont modifier nos habitudes en matière
d’utilisation du matériel « Nitrox ».
Dès que nous en avons eu connaissance, ces normes ont été présentées à la
Commission Technique Nationale. Subaqua s’en est fait l’écho
dans son numéro 182 de mai-juin 2002 (CTN info N°48)
et les projets de normes sont restés disponibles en téléchargement
sur le site de la CTN pendant plusieurs mois.
(1) Appareils de protection
respiratoire – Robinets
de bouteille à gaz – Partie 3 : Raccords
de sortie pour gaz de plongée Nitrox et oxygène.
(2) Appareils respiratoires – Appareils de plongée
autonome à circuit ouvert utilisant du nitrox et
de l’oxygène comprimé – Exigences,
essais, marquage.
Pour comprendre le champ
d’application
de ces normes relatives au matériel « Nitrox »,
il faut rappeler que les matériels en question sont classés
dans les Equipements de Protection individuelle (EPI) à usage
sportif ou de loisir et, qu’à ce titre, ils sont
soumis à la directive européenne 89/686/CEE du
21/12/89 (3). Cette directive, qui a le statut de texte réglementaire
européen, fixe les conditions de la mise sur le marché et
de la libre circulation intracommunautaire ainsi que les exigences
essentielles de sécurité auxquelles les EPI doivent
satisfaire en vue de préserver la santé et d’assurer
la sécurité des utilisateurs.
Sont présumés satisfaire aux exigences
essentielles de la directive, les équipements de protection
individuelle fabriqués conformément aux normes
nationales transposant les normes européennes harmonisées
dont les références sont publiées au JOCE
(5). Les normes harmonisées EN 144-3 et EN 13949 ont été publiées
au JOCE, le 21/02/04.
(3) Directive 89/686/CEE
du 21/12/89 concernant le rapprochement des législations des Etats membres
relatives aux équipements de protection individuelle
(JOCE L 399 du 30/12/89), modifiée par les directives
93/68/CEE du 22/07/93 article 7 (JOCE L 220 du 30/08/93, 93/95/CEE
du Conseil du 29/10/93 (JOCE L du 09/11/93), 96/58/CE du 3/09/96
(JOCE L 286 du 18/09/96).
(5) Journal Officiel de l’Union Européenne.
Processus d’élaboration
d’une norme
Si l’un des Etats de la
Communauté Européenne
juge qu’il est opportun de normaliser, il réalise
un projet qui sert généralement de base de travail
aux organismes nationaux de normalisation des Etats membres.
Chaque organisme national de normalisation travaille sur ce projet,
amende, fait des propositions contraires s’il le juge nécessaire
et de nombreux allers-retours ont lieu jusqu’à l’obtention
d’un consensus qui peut parfois revêtir la forme
d’une simple majorité. A ce stade, le projet est
soumis à enquête publique à la suite de laquelle,
il peut encore subir quelques modifications mineures. Il s’ensuit
un processus administratif de validation, puis la publication
au JOCE. Parallèlement, les normes sont publiées
au niveau national (en France par l’Afnor). Ce processus
est assez long et peut prendre plusieurs années dans les
cas difficiles, mais la normalisation est un rouleau compresseur
que rien ne saurait arrêter.
Participer à la normalisation est une
démarche volontaire. Tous les fabricants d’Europe,
les entreprises, sociétés, syndicats, organismes
associatifs qui le désirent peuvent participer à l’élaboration
des normes dans leur pays respectif et au « groupe
miroir » pour autant qu’ils cotisent à l’organisme
de normalisation de ce pays. Il faut bien reconnaître un
manque de participation des fabricants à l’échelon
européen, lesquels s’étonnant a posteriori
de ne pas avoir été consultés sur le contenu
des normes. Pour exemple, certains se plaignent du domaine d’application
des normes EN 13949 et EN 144-3 pour des teneurs en oxygène
supérieures à 22 %, alors que la délégation
française a été la seule à demander
le maintien de valeur de 40 % de la teneur en oxygène,
pour l’utilisation de mélanges préfabriqués.
La majorité étant défavorable à notre
proposition nous n’avons pu obtenir gain de cause.
Les catégories
d’EPI
Les EPI sont classés en trois catégories.
En fonction de la catégorie, différentes contraintes
s’appliquent au fabricant :
EPI de catégorie 1 (risques mineurs,
lésions superficielles)
Ces EPI protègent contre des risques légers ne
pouvant entraîner que des lésions superficielles
et réversibles, ne touchant pas d’organes vitaux.
Une procédure d’auto-certification suffit. Le fabricant
ou le responsable de la mise sur le marché déclare
que le produit est conforme aux dispositions de la directive.
La documentation technique que le fabricant ou l’organisme
responsable de la mise sur le marché doit constituer
est composée d’un dossier technique et d’une
notice d’utilisation. Ces EPI doivent porter le marquage « CE ».
Ex : Tuba, masques de plongée, gants, lunettes de
soleil, vêtements, chaussures utilisés par mauvais
temps.
EPI de la catégorie 2 (risques intermédiaires,
lésions graves)
Ces équipements protègent contre des risques pouvant
entraîner des lésions irréversibles. Le fabricant
est tenu de faire procéder à un examen CE de type
par un organisme notifié. Cet organisme de contrôle
agréé examine le dossier technique ainsi que le
modèle correspondant pour vérifier qu’il
est conforme au dossier technique et qu’il peut être
utilisé en toute sécurité conformément à sa
destination. Il vérifie et atteste que le modèle
d’EPI satisfait aux dispositions de la directive. Le dossier,
identique à celui des EPI de la catégorie 1, est
complété par le nom et l’adresse du fabricant
ou du responsable de la mise sur le marché, du lieu de
fabrication et d’un exemplaire du modèle à agréer.
Ces EPI doivent porter le marquage « CE » suivi
de l’année de fabrication.
Ex : Combinaisons de plongée, gilets de stabilisation,
profondimètres.
EPI de catégorie
3 (risques mortels)
Les EPI de catégorie 3 protègent contre les risques
mortels. L’examen CE est complété par la
mise en place et l’approbation d’un système
d’assurance qualité. La documentation technique
est composée d’un dossier technique et d’une
notice d’utilisation complétés comme pour
les EPI de catégorie 2. Ces EPI doivent porter le marquage « CE » suivi
de l’année de fabrication et du numéro de
l’organisme notifié.
Ex : Scaphandre, détendeur et bouteille de plongée,
risques électriques, exposition aux températures
extrêmes.
Ce que le plongeur doit
retenir
Ce marquage CE apposé sur le produit
est obligatoire et doit être lisible et indélébile.
Les équipements de protection individuelle doivent être
entretenus selon les prescriptions du fabricant, inscrites obligatoirement
dans la notice d’emploi et faire l’objet d’un
suivi de cet entretien. Ils doivent être retirés
de la circulation dès que leur état ne permet plus
d’assurer la protection ou la fonction pour laquelle ils
ont été conçus (ex : combinaisons ou
gilets de stabilisation en mauvais état ou déchirés).
Le
code du sport, le code de la consommation
Il ressort des différentes
dispositions réglementaires que : ne
peut être
fabriqués,
importés,
détenus en vue de la vente, mis en vente, vendus, loués
ou distribués à titre gratuit que les équipements
de protection individuelle qui respectent les exigences essentielles
de santé et de sécurité et qui sont munis
du marquage « CE ».
Importation
de matériel
Les réglementations techniques,
nationales et/ou communautaires, ont rendu obligatoires des règles
de qualité et de sécurité, pour certains
produits ou familles de produits. Dans les échanges avec
les pays n’appartenant pas à la communauté européenne,
l’application de ces réglementations est contrôlée à l’importation
par les services des douanes. En revanche, ces contrôles
ne sont pas opérés dans les échanges entre
Etats membres de la communauté européenne. Les
appareils à gaz et les équipements de protection
individuelle à usage sportif et de loisir, ou leurs emballages,
doivent porter la marque « CE » (ou « pi »),
qui atteste de leur conformité aux exigences essentielles
de santé, de sécurité et/ou de protection
et accompagnés de documents, notamment de la déclaration
CE de conformité qui précise par quel moyen le
fabricant, ou l’importateur s’est assuré de
cette conformité. A l’heure ou Internet permet l’achat
de matériel dans n’importe quelle partie du monde,
il est important de garder à l’esprit ces contraintes
tant réglementaires que sécuritaires.
Période transitoire
La norme européenne 144-3
a été adoptée
par le CEN le 21 novembre 2002, homologuée par décision
du Directeur Général de l’AFNOR le 20 octobre
2003 pour prendre effet le 20 novembre 2003. Il est précisé dans
l’introduction que « compte tenu du très
grand nombre de robinets utilisant des filetages de modèles
nationaux existants et du coût élevé que
causerait leur remplacement prématuré non nécessaire,
il est reconnu qu’une période transitoire de 5 ans
sera requise pour introduire progressivement les robinets utilisant
le filetage décrit dans la norme 144-3. Pendant cette
période, les robinets peuvent être livrés
avec des filetages du modèle national existant ou avec
des filetages conformes à la présente norme ».
Cette norme sera donc strictement applicable à partir
de novembre 2008, date à laquelle il sera interdit de
mettre sur le marché des bouteilles ne répondant
pas à cette norme. Les bouteilles de plongée étant
des appareils respiratoires et donc classées comme des équipements
de protection individuelle, il sera obligatoire pour les établissements
d’APS d'utiliser des bouteilles marquées "Nitrox",
"Oxygène" ou "Air Oxygène". Toutes
les bouteilles mises en service avant la fin de la période transitoire
et munies de robinets conformes aux normes
précédemment en vigueur pourront être maintenues
en service.
Attention, jusqu’à la
fin de la période transitoire, il est possible d’acheter
par internet, des bouteilles « Nitrox » qui
ne sont pas conformes à la norme EN 144-3. C’est à long
terme un mauvais calcul. On trouve également sur internet
des produits non conformes aux normes européennes, comme
on y trouve d’ailleurs des produits illicites, médicaments,
drogues, ce n’est pas pour autant que c’est légal.
C’est le principal problème d’internet, et
quelle que soit la langue dans laquelle le site est écrit,
il peut être hébergé sur un serveur à l’autre
bout du monde, vendre des produits dits pour exportation ce qui
délocalise tout problème réglementaire ou
de conformité à une norme. Aux acheteurs de savoir
s’ils ont le droit d’importer et d’utiliser
ces produits sur le territoire national en fonction des normes
ou des textes réglementaires en vigueur dans leur Etat.
40% :
Jusqu’à quand ?
L’arrêté du 9 juillet 2004
relatif aux règles de techniques et de sécurité dans
les établissements organisant la pratique et l'enseignement
des activités sportives et de loisir en plongée
autonome aux mélanges autres que l'air, qui tolère
l’utilisation du matériel « Air » jusqu’à 40
% d’oxygène est une « niche réglementaire » bien
commode pour la période transitoire mais que va-t-elle
devenir à échéance 2008 ?
Un texte réglementaire national ne pouvant pas être
en contradiction avec un texte réglementaire communautaire,
on peut penser que cette tolérance de 40 % devrait disparaître
prochainement.
Les nouvelles stations
nitrox
Lors de la mise en place d’une nouvelle
station de gonflage Nitrox, on ne peut que conseiller d’utiliser
dès à présent des éléments
portant la marque de conformité ainsi que des connexions
conformes à la norme EN 144-3. Tôt ou tard, il faudra
y venir. Si cette station est conforme aux normes en vigueur
au moment de sa conception, et je ne vois pas comment il pourrait
en être autrement si elle est réalisée par
une entreprise qualifiée, l’exploitant n’est
pas tenu de la modifier sauf si un texte réglementaire
l’exigeait ultérieurement pour des raisons de sécurité.
Un retour en arrière par rapport à la norme EN
144-3 semble inconcevable aussi il est inutile de retarder la
mise en conformité des stations.
La non-rétroactivité des
normes
Certains affirment la non-rétroactivité des
normes sur les matériels en service. Il faut moduler cette
affirmation car les bouteilles de plongée sont des Equipements
de Protection Individuelle.
Le problème ne se pose
pas pour les équipements des particuliers qui ne sont
pas tenus de mettre leur matériel en conformité pour
leur pratique personnelle. Toutefois, l'utilisation d'un matériel
dans des conditions non conformes aux prescriptions du constructeur,
engage directement la responsabilité de l'utilisateur.
Par exemple, le chargement d'une bouteille marquée "AIR"
avec un mélange NITROX supérieur à 40 %
d'oxygène, ou
d'oxygène
pur, n'est conforme, ni aux prescriptions du fabricant, ni
au marquage du récipient.
Les Etablissements d’Activités
physiques et sportives (dits Etablissements d’APS) doivent
mettre à la
disposition de leurs membres ou de leurs clients des matériels
conformes aux normes en vigueur au moment de la mise en service
des appareils. Plusieurs cas peuvent se présenter en fonction
de l'environnement réglementaire et normatif :
Pour une utilisation avec un
NITROX jusqu'à 40 % d'oxygène : le matériel
"AIR" peut être utilisé conformément
au code du sport (disposition réglementaire).
Une bouteille marquée "AIR" ne
peut pas être utilisée avec un NITROX supérieur à 40
% d'oxygène quelle que soit la robinetterie montée
dessus.
Au-delà de la période
transitoire (novembre 2008), pendant laquelle les anciens et
les nouveaux équipements peuvent cohabiter, les établissements
d’APS ne devraient proposer que du matériel normalisé à la
date de mise en service et conforme à la réglementation.
Les particuliers, les clubs associatifs et les SCA qui proposent
le matériel
Nitrox en location, ou le mettent gracieusement à disposition
de leurs membres, ne sont pas tenus de remplacer ce matériel
par un nouveau matériel conforme aux normes EN 144-3 et
EN 13949.
Pour une utilisation avec un
NITROX supérieur à 40 % d'oxygène, ou un
NITROX jusqu'à 40 % d'oxygène fabriqué par
la technique des pressions partielles, deux cas sont possibles
:
- la bouteille est marquée "NITROX"
ou "OXYGENE" ou "AIR OXYGENE" mais dispose
d'une robinetterie ancien modèle (DIN ou étrier),
elle est conforme à la
réglementation mais non conforme aux normes (après
novembre 2008) .
Elle pourra être utilisée
par un particulier, mise à disposition gracieusement
par un club à ses
membres ou maintenue à la location.
- la bouteille est marquée "NITROX"
ou "OXYGENE" ou "AIR OXYGENE" et dispose
d'une robinetterie munie d'une connexion M 26 x 200, elle est
conforme à la
norme EN 144-3 et à la réglementation. Elle pourra
être utilisé dans tous les cas.
Le problème qui va très vite se poser est celui
de la compatibilité des anciens équipements avec
les stations de chargement qui seront probablement tenues de
se mettre en conformité à la norme. L’utilisation
d’adaptateurs est toujours possible, à deux conditions:
- que ceux-ci soient eux-mêmes conformes à la
directive européenne dont ils dépendent. Mais
quel fabricant prendra le risque de fabriquer ce type de
raccord et avec quel mode de certification ?
- que l’opérateur accepte d’utiliser
un tel adaptateur, ce qui n’est pas une obligation
car sa responsabilité et par elle, celle de sa structure
est engagée.
A terme, la mise en conformité du matériel
en service est inéluctable et c’est le but de
la période
transitoire de 5 ans prévue
par la normalisation. Si le corps de la bouteille est conforme à la
norme EN 13949 (« qualifiée oxygène »)
et à la réglementation (marquée "NITROX",
"OXYGENE" ou "AIR OXYGENE"), il
est
possible de remplacer l'ancien robinet par un
modèle
conforme à la norme EN 144-3, à condition
d’utiliser un robinet du même constructeur, garantissant
sa compatibilité. Le montage d'une robinetterie conforme à la
norme 144-3 sur une bouteilles marquée "AIR" n'est
pas conforme à la réglementation (6).
(6) : Arrêté du 15 mars 2000
modifié par l'arrêté du
30 mars 2005 portant modification de l’arrêté du
15 mars 2000 relatif à l’exploitation des équipements
sous pression.
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